-= Forum Steampunk Francophone =-
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Le Steampunk dans la littérature.

Aller en bas 
AuteurMessage
Sid Dis
-= Admin =-
avatar

Masculin Messages : 893
Date d'inscription : 15/07/2009
Age : 30

-= Profil à vapeur =-
*: Traducteur/redacteur steamblog

MessageSujet: Le Steampunk dans la littérature.   Jeu 16 Juil - 2:28

Cyberpunk, Steampunk, Uchronie : des remises en cause de notre société

La science-fiction, genre protéiforme par excellence, s’ouvre à chaque époque sur de nouveaux univers à explorer, de nouveaux mondes à découvrir, de nouveaux espaces à combler. Ces dernières années, elle s’est néanmoins tournée vers elle-même ou plus précisément vers notre passé à la recherche d’un renouvellement salvateur. Ainsi sont nés des courants comme le “steampunk” et le “cyberpunk”, envolées réactionnaires qui envisagent des passés futuristes ou des futurs passéistes pour mieux permettre à ses lecteurs de s’interroger sur un présent difficile à cerner. Depuis les échecs scientifiques et technologiques qu’ont été la seconde guerre mondiale, le presque abandon de la conquête spatiale et les épidémies successives, la science a perdu en crédibilité, tandis que montait dans l’opinion publique un désir toujours plus grand d’un monde meilleur. Les deux courants que sont le “cyberpunk” et le “steampunk” apparaissent en réactions à ces déceptions, comme si, à travers cette littérature de l’interrogation qu’est la science-fiction, les écrivains cherchaient à nous conduire vers des possibles meilleurs, des envisageables retouchés et des concevables révisés.

Cette manière de mettre en œuvre des passés ou des présents différents n’est pas nouvelle. Dès 1875, le philosophe Charles Renouvier invente le mot “uchronie” pour définir des récits qui proposent une alternative de l’Histoire. Basé sur la racine grecque “chronos”, signifiant “le temps” auquel est accolé le préfixe privatif “ou”, “non”, le mot “uchronie” décrit donc une époque qui n’existe pas. Les écrivains ont souvent été tentés par une déformation du passé, que ce soit à des fins politiques, historiques, idéologiques ou pour simplement divertir leurs lecteurs. La science-fiction a érigé cette pratique en genre. Si les causes de cette uchronie ne sont pas toujours expliquées, le déclencheur peut être un voyage dans le temps, l’existence de mondes parallèles ou un mélange des deux. L’intérêt de ces récits ne repose pas dans l’explication du phénomène, mais plutôt dans les interrogations historiques, politiques, culturelles, sociales ou économiques qu’ils vont susciter. En se plongeant dans un passé qui n’est pas le sien, le lecteur, en plus d’un divertissement, va pouvoir remettre en cause les systèmes en place, en discerner les failles, les aberrations, les dangers. L’uchronie sert de vecteur à une remise en cause d’un présent qui ne convient pas, un présent auquel elle ne donne sans doute pas de réponses, mais qu’elle permet de questionner par d’habiles froissements de son passé et de sa réalité.

S’il n’entre pas dans le cadre de l’uchronie, le “cyberpunk” participe à de semblables remises en question de notre société. Ce courant, construit de toutes pièces par la critique à partir d’écrivains différents, est l’un des plus récents de la science-fiction même s’il plonge ses racines dans les œuvres d’auteurs tels que Philip K. Dick ou Daniel Francis Galouye. Le “cyberpunk”, de “cyber” racine de cybernétique et “ punk ”, mis ici comme élément contestataire rappelant le “no futur” des années 70, est un courant artistique et littéraire apparu dans les années 80 sous l’impulsion de l’écrivain américain William Gibson. Ce mot composé traduit les deux origines du genre : un univers informatique, technologique, mécanique et un monde pollué, surpeuplé gangrené par la drogue, la violence et un urbanisme exacerbé. Le “cyberpunk” décrit un avenir proche déchiré entre réalité et virtualité, au sein duquel quelques personnages tentent de survivre en louvoyant entre ces mondes alternatifs qui préfigurent des lendemains qui ne scintillent pas. Les intrigues, inscrites dans un monde qui ressemble terriblement au nôtre, placent des personnages marginaux en conflit avec des sociétés basées sur une technologie outrancière, un totalitarisme pesant et une mondialisation castratrice. Cette proximité dans le temps et l’espace permet aux lecteurs de se pencher sur les dérives de nos propres sociétés occidentales dont le libéralisme exacerbé poussent des pays entiers vers la misère, la guerre civile et la mort. Récits d’aventure se déroulant dans les mondes parallèles de la virtualité, les œuvres “cyberpunks” se penchent sur des avenirs alternatifs, explorant les nombreuses possibilités qui s’offrent à nous de détruire nos civilisations. La proximité immédiate dans le temps permet une projection plus aisée pour le lecteur qui n’éprouve aucun problème d’identification, ce qui est facilité par la familiarité des personnages, de l’environnement, des sociétés, des relations humaines et des dangers que court notre planète. Des films tels que Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol ou Matrix des frères Wachowski en sont de parfaits exemples. S’ils se déroulent dans des futurs plus ou moins lointains, les décors sont, quant à eux, aisément identifiables : les années cinquante pour Bienvenue à Gattaca et notre présent teinté d’années 80 pour Matrix. Preuve en est, la mode s’est même emparée des vêtements des personnages de ce film pour descendre dans la rue : longs manteaux en cuir ou en imitation, lunettes noires, bottes.

Tourné vers une refonte de notre passé, le “steampunk” calque ses environnements sur d’autres périodes de l’histoire, ou tout au moins sur l’idée que l’on peut s’en faire. En effet, ce terme désigne, au départ, des œuvres uchroniques se déroulant dans un cadre victorien, un XIXème siècle alternatif, à l’ambiance romantique, mélange de Jules Verne et de Keats, de Zola et de Hugo, dans lequel la technologie et la poésie, l’industrie et l’onirisme occupent des places équivalentes. Le mot “steampunk ” est construit sur la même base que “cyberpunk”, “steam” signifiant “vapeur” en anglais. Si son nom affiche une indéniable parenté avec le précédent courant, tous deux n’expriment pas de la même manière leurs contestations. Si le “steampunk” s’inscrit dans le passé, il s’ouvre également sur l’avenir grâce à des anachronismes futuristes basés sur un développement de la vapeur plus rapide que dans notre histoire. Ainsi, les véhicules ne fonctionnent pas, comme de nos jours, à partir de moteurs à explosions, mais de moteurs à vapeur : le film Wild, wild, west avec Will Smith nous en montre plusieurs exemples de ce type : char amphibie, vélocipède à vapeur, araignée géante. Les robots, les ordinateurs, les communications sont omniprésents, mais l’électricité est fournie à partir d’une vapeur arrachée au charbon et non au pétrole. A présent, et par extension, ce terme désigne une uchronie, aux ambiances gothiques ou décadentes, souvent mêlée à des éléments de fantasy qui viennent s’inscrire dans des mondes plongeant leurs racines dans des passés plus lointains : la Renaissance, le Moyen Âge, ou d’autres pays : France, Italie, Espagne, Russie, Byzance…

Mouvement à la fois intellectuel et lyrique, le “steampunk” marque également un renouveau de la science-fiction, non plus tourné, vers un avenir virtuel, mais vers un passé magique, dépaysant, qui nous offre des alternatives possibles plus envoûtantes que notre présent désenchanté. Son apparition à la fin du XXème siècle, comme le “cyberpunk”, n’est donc pas étonnant puisque, tous deux permettent une interrogation sur notre passage de millénaire, regards jetés en arrière sur deux siècles de dérives scientifiques, deux siècles d’échecs humanitaires et sociaux. En liant la démarche scientifique à la démarche artistique, le “steampunk” semble être une diffraction onirique, comme si la science du XXème siècle avait été happée par les esprits humanistes du XVIème, créant une sorte de croisement entre le Frankenstein de Mary Shelley et l’Utopie de Thomas More, entre H. G. Wells et Léonard de Vinci.


Article réalisé à partir de l’ouvrage co-écrit avec Gilbert Millet : La Science-Fiction, Belin, collection Sujet, décembre 2001.


Dernière édition par Alva8 le Jeu 16 Juil - 2:36, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ceci-est-une-url.blogspot.fr/
Sid Dis
-= Admin =-
avatar

Masculin Messages : 893
Date d'inscription : 15/07/2009
Age : 30

-= Profil à vapeur =-
*: Traducteur/redacteur steamblog

MessageSujet: Re: Le Steampunk dans la littérature.   Jeu 16 Juil - 2:31

Les pionniers du Steampunk

Genèse du steampunk

Définissant par là-même le genre qu'ils créèrent, à partir du néologisme cyberpunk – et probablement aussi pour ironiser sur ce terme –, les ”pères fondateurs" du steampunk ont délibérément choisi pour cadre de leurs romans un Londres victorien du XIXe siècle, et évidemment revisité au gré de leur imagination fertile et de leurs fantasmes les plus délirants, le tout dans une ambiance assez proche du roman gothique.

Tout l'intérêt de retourner dans ce siècle revisité ou parallèle, outre le fait d'y trouver une technologie hypertrophiée (symbole de la Révolution Industrielle de l'époque) et d'y découvrir parfois des machines plus étranges encore, est d'y rencontrer aussi des personnages, que ce soient des personnalités célèbres et réelles de l'Histoire (à commencer par la Couronne d'Angleterre elle-même), de la Science, de la Littérature (poètes romantiques, dramaturges, écrivains réputés) ou encore des héros de fiction, inspirés de romans d'auteurs de ce dix-neuvième siècle principalement, comme Sherlock Holmes, Dracula, Frankenstein, Docteur Jekyll ou Philéas Fogg… Notons tout de même le paradoxe que constitue une littérature de science-fiction (souvent mêlée de fantastique d'ailleurs) allant résolument à rebours au lieu d'être tournée vers le futur !

Ces ”pères fondateurs” – appelons les encore comme cela –, sont au nombre de trois et leurs œuvres ont à jamais marqué de leur empreinte un courant particulier de la science-fiction. Assez curieusement, au vu du décor de leurs textes, aucun des trois n'étaient anglais, mais bien américains, et surtout amis de longue date lorsqu'ils donnèrent naissance au steampunk.
Autant vous les présenter tout de suite; il s'agit de K.W. Jeter, Tim Powers et James P. Blaylock, avec respectivement Morlock Night (1979), Les Voies d'Anubis (1983) et Homunculus (1986).


K.W. Jeter

Il est à noter, malheureusement, que la pièce fondatrice du steampunk, Morlock Night, soit inédite en français. Mais, pour vous mettre l'eau à la bouche, sachez qu'il s'agit en quelque sorte d'une prolongation de La machine à voyager dans le temps d'H.G. Wells. Vous l'aurez sans doute deviné au titre, ”La Nuit des Morlocks” fait référence à ces fameuses nuits de nouvelle Lune dans un avenir lointain, nuits durant lesquelles les infâmes créatures que sont les Morlocks terrorisent les paisibles Eloï…
”Dans cette histoire, les Morlocks […] retournent dans le passé pour envahir les égouts de Londres au XIXe siècle.”(Daniel Riche, Le passé est l'avenir de l'Homme, préface de l'anthologie Futurs Antérieurs, p. 12)

Mais K.W. Jeter ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Après avoir ouvert le feu avec Morlock Night, il a poursuivi avec Infernal Devices, A Mad Victorian Fantasy (1987), en français, Machines infernales. Une fantaisie baroque des temps victoriens. Le sous-titre en dit long !
Dédicacé en ces termes: ”A James Blaylock et Tim Powers, maîtres de l'absurdité !”, ce roman nous fait suivre les vicissitudes d'un petit horloger du quartier de Clerkenwell Green. Brillant par son incompétence à comprendre et à fabriquer de subtiles machines comme son génie de père, George Dower va être entraîné, malgré lui – et surtout à cause de sa maladive curiosité –, dans une aventure inimaginable, jusqu'à Wetwick, un quartier de Londres peuplé de créatures au crâne ichtyoïde. Le déclencheur ? La venue de cet ”Homme de Cuir Noir”, dernier survivant d'une race amphibie, et le ”Magnus Opus” de son père, une boîte contenant une machine, une invention qui pourrait bien être le Régulateur Ethérique, à moins qu'il ne provoque les Harmoniques cataclysmiques… Entre un appareil qui permet de voir le futur ou une infernale monstruosité capable, grâce à un rythme particulier – comme des soldats au pas sur un pont –, de pulvériser la planète ! Et pour tout ”talisman” à ce point de départ qui ne laissait augurer les sombres retombées qui entacheraient son nom, Dower ne possède qu'une pièce d'argent à l'effigie de Saint Monkfish (inutile de chercher ce saint sur vos calendriers !)… Au sein de machines, encore et toujours, aussi étranges que des automates d'un réalisme époustouflant, tel ce paganinicon (un violoniste mécanique inspiré du grand Paganini lui-même), pourchassé à la fois par l'Anti-Société Royale, l'Armée de Dieu et la très morale Association des Femmes pour l'Elimination du Vice Charnel, nul doute que la course de Dower, loin d'être ennuyeuse, l'emmènera bien plus loin qu'il ne l'avait espéré…


Tim Powers

Le deuxième roman steampunk, également considéré comme le chef-d'œuvre de son auteur, est Les Voies d'Anubis (The Anubis Gates, 1983 – Prix Apollo 1987). De 1983, le héros de cette histoire, Brendan Doyle, va être projeté en 1810 à Londres, dans une ambiance misérabiliste à la Dickens, pour y entendre une conférence du poète William Ashbless. Bien entendu, le retour à travers la porte dans les courbures du temps ne se fera pas comme prévu… Et le voilà coincé dans une époque qui n'est pas la sienne ! Et pour couronner le tout, il est épié et poursuivi par le ka (ou double animé) d'une sorte de sorcier, serviteur d'un ancien culte panthéiste, puisant ses sources dans le monde souterrain de l'ancienne Egypte, le monde du dieu Anubis… Sans compter cette histoire ”à la Lovecraft” de créature velue, ce loup-garou qui terrorise les habitants, et ces ”homoncules” parcourant la Tamise sur des demi-coquilles d'œuf équipées de torches minuscules. Comme un hommage, à sa façon, à James Blaylock, ami et auteur, dont il donnera d'ailleurs, toujours dans ce roman, le nom à un bateau en provenance des Etats-Unis. Avec dans le crâne, cet air sifflé et entêtant de ”Yesterday” de Lennon et McCartney, Powers est, comme il le dit lui-même, toujours ”à la recherche d'anachronismes”. Seule consolation pour Doyle, se retrouver à l'époque de Madame de Staël, Lord Byron, Coleridge, Hazlitt, Wordsworth, Shelley et bien d'autres… Avec de la suite dans les idées, une accumulation de détails et force rigueur dans la construction du récit, Tim Powers réussit à nous surprendre dans les renversements de situation et en bouclant la boucle de fort magnifique façon, en guise de bouquet final !

Par extension, on a rattaché au steampunk d'autres de ses œuvres, ne se déroulant pas dans le Londres victorien, comme Le Palais du Déviant (Dinner At Deviant 's Palace, 1986) ou encore Sur des mers plus ignorées… (On Stranger Tides, 1988).
La première, Le Palais du Déviant, se déroule dans une Ellay (lire L.A. ou Los Angeles) du futur, détruite, où l'on fait la connaissance de Gregorio Rivas, joueur de Pelican, obligé de quitter sa ”retraite”, de renouer avec son ancienne activité de ”délivrant” et de repartir sur des routes peuplées de créatures sanguinaires, à l'instar de ces hémogobelins qui vous sucent le sang. Pourquoi se jeter dans la gueule du loup de cet ignoble Norton Jaybush et dans les griffes de ses sbires, les endoctrinés Oiselets de sa secte, si ce n'était pour sauver la femme qu'il aimait… Et, bien sûr, plus l'on avance, plus les énigmes s'épaississent, ressemblant de plus en plus à cette nouvelle drogue, le ”Sang de Venice”, menant aux Cases de Saignées puis au fameux Palais du Déviant, sur le compte duquel courent les plus terrifiantes histoires…
La seconde (dédicacée à Blaylock et à sa femme) se déroule à la fin du XVIIe siècle, dans le Nouveau Monde. On y suit les pérégrinations d'un John Chandagnac, prisonnier des pirates et contraint de vivre comme eux de la flibuste. Un héros déchiré entre le désir de s'enfuir pour recouvrer la liberté – et venger son père en récupérant les biens spoliés par son oncle – et poursuivre sa route en leur compagnie afin d'avoir une chance de délivrer Beth Hurwood de son cinglé de père qui s'adonne au Vaudou… Quelques spectres venus du passé pour se battre sur des vaisseaux fantômes complétant ce tableau; des amulettes pour entrer dans les bonnes grâces de ”l'Ami-Prend-Soin”, l'étrange Baron Samedi et en ”Guest Star” un Barbe-Noire plus vrai que nature, voilà en substance ce que l'on trouve en voguant Sur des mers plus ignorées…

On peut encore relier au courant ”steampunk” ses autres romans suivants : Le poids de son regard (The Stress of Her Regard), Poker d'âmes (Last Call), Les chevaliers de la brume (The Drawing of the Dark), Les cieux découronnés (The Skies Discrowned), Date d'expiration (Expiration Date), Les pêcheurs du ciel (An Epitaph in Rust)…


James P. Blaylock

A écrit, quant à lui, son propre roman steampunk en 1986 et l'a intitulé Homunculus (aujourd'hui épuisé). ”Dans ce livre frénétique et secoué, un acnéique paranoïaque, un milliardaire dépravé, un savant fou et bossu, une poignée de zombies et un club de gentlemen passionnés de mécanique et de sciences naturelles se disputent une créature minuscule prisonnière d'une mystérieuse cassette parce qu'elle est censée pouvoir abolir les frontières de la vie, de la mort et du temps en cette fin de XIXe siècle où tout paraît possible… L'action, bien entendu, se situe en grande partie à Londres mais toute ressemblance entre le Londres de Blaylock et celui des livres d'histoire serait purement fortuite…”(op. cit., p. 13)

Mais, James P. Blaylock est coupable d'un autre roman steampunk, il s'agit de Le temps fugitif (Lord Kelvin 's Machine). Mêlant science-fiction et policier – principalement –, cette histoire se déroulant également dans un Londres de l'époque victorienne, met en scène Langdon St. Ives, explorateur, savant et détective, qui va perdre sa bien-aimée Alice. Ne lui reste qu'une solution, espérer que l'invention de Lord Kelvin, une machine temporelle, pourra changer le cours de ce funeste coup du sort. Mais, il n'est pas le seul à convoiter la mystérieuse machine et, dès lors, une course contre la montre s'engage entre St. Ives et son ennemi, l'infâme Docteur Igniacio Narbondo, qui ne rêve pas moins que de devenir le maître du monde !

Il est à noter l'intérêt que porte James P. Blaylock aux ”homoncules”, comme si elles étaient des créatures fétiches – même présentant de légères différences d'une histoire à l'autre –, puisqu'il leur offre un rôle également, quelques années plus tard, dans ses Contes de l'Oriel, et plus particulièrement dans le troisième volet, Le géant de pierre (The Stone Giant, 1989).


Un courant est né

Voilà qu'avec ces trois romans, Morlock Night, Les Voies d'Anubis, et Homunculus, et après le dernier d'entre eux, celui de James P. Blaylock, naît donc le terme de ”steampunk” et se rattachent à ce dernier les contextes issus de sa terminologie (voir également l'article de Denis Labbé pour la définition de steampunk). Comme l'a défini un journaliste américain, Douglas Fetherling, il s'agit d'un genre qui imagine ”jusqu'à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt.”(op.cit., p. 11)
Il faut ajouter que le steampunk ”ne s'embarrasse guère de rationalité et encore moins de plausibilité scientifique”(Daniel Riche, Le passé est l'avenir de l'Homme, préface de l'anthologie Futurs Antérieurs, p. 14), ce qui le différencie de l'Uchronie, et qu'il emprunte à la fois aux deux genres, à savoir la science-fiction et le fantastique, mariant machines, prouesses techniques et créatures telles les vampires et les lycanthropes.

Bien entendu, cela a donné des idées à d'autres auteurs, mais aussi, on a pu leur rattacher des prédécesseurs. En fait, il existe quelques œuvres antérieures à Morlock Night, similaires par bien des points aux romans des ”pères fondateurs”, mais différant par le fait de leur isolement au sein des productions de leurs auteurs, éloignées du Londres de l'époque victorienne ou encore tenant plus ”du livre-hommage et de l'exercice de style que de l'exploration de voies nouvelles pour tenter de dire l'indicible”(op.cit., p. 15) et relayant ainsi leurs idées. Daniel Riche, dans sa préface à l'anthologie Futurs Antérieurs, a qualifié ces œuvres comme relevant du ”proto-steampunk”. Parmi celles-ci, citons La machine à explorer l'espace (1976) de Christopher Priest, Les aventures uchroniques d'Oswald Bastable (Le Seigneur des airs, Le Léviathan des terres, Le tsar d'acier) (1972-1981) de Michael Moorcock, Fata Morgana (1977) de William Kotzwinkle et Frankenstein délivré ou le nouveau Prométhée déchaîné (1973) de Brian Aldiss…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ceci-est-une-url.blogspot.fr/
Sid Dis
-= Admin =-
avatar

Masculin Messages : 893
Date d'inscription : 15/07/2009
Age : 30

-= Profil à vapeur =-
*: Traducteur/redacteur steamblog

MessageSujet: Re: Le Steampunk dans la littérature.   Jeu 16 Juil - 2:32

Steampunk, et après ?

Les successeurs...


Parler en quelques lignes de tous les romans qui ont suivi ceux des ”pères fondateurs” – voire en dresser une liste exhaustive – relève de l'impossible, et cela malgré le fait que le courant du ”steampunk” ait été assez peu suivi dans l'ensemble et reste circonscrit à un nombre limité d'œuvres, pour ainsi dire marginalisées…
Mais nous avons choisi, ici, de sélectionner l'une ou l'autre d'entre elles afin de permettre l'immersion dans ce courant particulier que nous vous invitons vivement à découvrir.

La machine à différences (The Difference Engine, 1990) de William Gibson & Bruce Sterling.
En ce qui concerne cette œuvre, nous vous renvoyons à l'article de Célia Schneebeli, Voyage au cœur de l'année 1855 parallèle.

Les vaisseaux du temps (The Time Ships, 1995) de Stephen Baxter.
Il s'agit d'une fiction spéculative du XIXe siècle où l'auteur se présente comme l'éditeur d'un manuscrit, une ”curiosité” trouvée chez un libraire… De ce fait, on ne connaît pas le nom du héros, narrateur de cette histoire. Les vaisseaux du temps fait directement écho à l'œuvre fondatrice de la science-fiction moderne, La machine à explorer le temps de H.G. Wells et reprend donc le fil au moment où celui-ci s'achevait, un siècle plus tôt. Un voyage temporel qui a, au départ, pour objectif de sauver Weena, la douce et charmante Eloï, enlevée et menacée par les Morlocks… Mais les caprices de la machine – alimentée en plattnérite – et une peur soudaine face à une entité inconnue, vont précipiter notre héros un peu plus tôt dans le futur, dans un temps et un monde où les Morlocks – les Néo-Morlocks dira l'auteur –, bien différents et érudits, ont domestiqué l'astre solaire dans une sphère. D'aventure en aventure, d'époque en époque – jusqu'au Paléocène notamment –, grâce aux voyages à travers la quatrième dimension qu'est le temps, on se rend compte, tout comme les protagonistes, des divergences de l'Histoire, de son cours non immuable ainsi que du facteur d'incidence occasionné par la relation des événements observés… Que de paradoxes à analyser pour les ”Chronargonautes”, l'humain et son compagnon de fortune, réfugié du temps tout comme lui, le surprenant Nébogipfel ! Que de découvertes, en une autre vision de notre Histoire, de ses exploits, de ses erreurs… En compagnie des plus grands savants (Einstein, Gödel, Thomson, …) et d'auteurs réputés (G. Orwell, T.S. Eliot, T. Hardy, M. Shelley, …), c'est toute notre perception du monde qui est mise à nu. Comment l'exploitation des ressources de l'Humanité et de ses techniques peuvent être détournées de leur but originel !

La Trilogie Steampunk(The Steampunk Trilogy, 1995) de Paul Di Filipo.
Trois histoires délirantes ayant pour acteurs principaux des personnages réels dans une vision abracadabrante de ce dix-neuvième siècle londonien…
Dans la première, Victoria, la fille de la duchesse de Kent, la jeune reine Victoria elle-même, est, à son corps défendant, l'héroïne d'une bien étrange version de l'histoire. Juste avant son couronnement, elle s'enfuit et disparaît dans les quartiers londoniens, ne laissant d'autre choix au Premier Ministre, William Lamb, que de faire appel – discrètement et sous le sceau su ”Secret d'Etat” – à Cosmo Cowperthwait, un naturaliste qui a créé une espèce de triton mutant à l'apparence humaine et vaguement ressemblante, de loin, à celle de Victoria. Nul besoin d'être devin pour imaginer la suite et le remplacement de l'une par l'autre, par cette ”contrepartie salamandrine”, le temps de se retourner, de retrouver et de raisonner la jeune reine. Bien entendu, si cela s'ébruitait… Imaginez dans quel chaos serait plongée l'Angleterre !
La seconde, Des Hottentotes, nous plonge dans la magie noire et les croyances fétichistes autour d'un organe, une malformation, le Tablier des Hottentotes, dissimulant, chez certaines femmes, les organes sexuels. Une manière, dans le contexte de l'époque, de replonger dans les préjugés racistes et d'en faire l'excuse d'une course au pouvoir… ou à la connaissance, ainsi que d'une mise en avant de la lutte féministe. C'est à celui, quels que soient ses motifs, qui récupèrera la relique le premier. Le récit est bombardé encore de grands noms d'érudits, philosophes, auteurs; un courrier de Cowperthwait fait le lien avec la première aventure.
La troisième, enfin, Walt et Emily, comprenez Walt Whitman et Emily Dickinson, extrapole à partir de la rencontre des deux poètes, la réservée ingénue et le lyrique libertin qui n'a ni sa langue ni sa plume en poche ! Au gré des citations des auteurs, le prétexte de l'intrigue se précise en une séance bien particulière de spiritisme qui permettrait de rendre visites aux âmes défuntes. Un curieux voyage en perspective… au Pays de l'Eternel Eté !

L'extase des vampires (The hunger and Ecstasy of Vampires, 1996) de Brian Stableford.
Une belle brochette, invitée par le professeur Edward Copplestone et composée, entre autres, du Comte Ludgard, d'Oscar Wilde, de deux jeunes auteurs dont H.G. Wells et d'un détective – s'efforçant désespérément d'être à la hauteur de sa légende –, se réunit pour entendre l'exposé de leur hôte, parvenu à acquérir des visions de l'avenir grâce à l'absorption d'un produit chimique, d'une drogue, qu'il se propose de leur faire découvrir. Immédiatement sur ses gardes, l'irritable Wells crie d'abord aux plagiat tant l'avenir narré est si proche de sa propre conception du futur, relatée dans un texte où il est question d'une machine à voyager dans le temps – cela ne vous rappelle rien ? Ensuite, il se rend compte que les ”vampires” décrits, devenus le produit ultime de l'évolution, l'espèce dominant les hommes qui leur servent de troupeaux, juste bons à se faire ”prélever” leur sang, sont malgré tout différents de ses Morlocks… Dommage que Bram Stoker – malheureusement retenu en Irlande – ne puisse profiter de l'exposé et participer aux discussions, lui qui a comme projet l'écriture d'un roman mettant en scène l'un de ces nosferatu ! Bref, les expéditions – sous doses de plus en plus conséquentes et qui finiront par lui être fatales – entraînent le narrateur en bonds successifs dans un lointain avenir qui nous entrouvre les portes de l'évolution de cette espèce de ”surhommes”. Au sein de créatures mythologiques ou encore d'homoncules, il est tout d'abord outré de la condition de ses descendants… jusqu'à la phase finale – la troisième – de son périple où il atteint l'ataraxie ou sérénité de l'esprit… ”J'ai goûté et compris la faim et l'extase des vampires. J'ai contemplé l'autel sur lequel l'humanité doit être sacrifiée… et je me suis agenouillé devant cet autel.”(L'extase des vampires, Brian Stableford, Denoël, 1998, p. 186)

Il est à noter que Brian Stableford a également écrit un autre roman steampunk, Les loups-garous de Londres (The Werewolves of London), qui a très certainement contribué à sa renommée.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ceci-est-une-url.blogspot.fr/
Sid Dis
-= Admin =-
avatar

Masculin Messages : 893
Date d'inscription : 15/07/2009
Age : 30

-= Profil à vapeur =-
*: Traducteur/redacteur steamblog

MessageSujet: Re: Le Steampunk dans la littérature.   Jeu 16 Juil - 2:33

Steampunk "à la française"


Eh oui, le steampunk n'aura pas mis longtemps à traverser l'Atlantique ! Mieux, on peut aujourd'hui constater que les Français apprécient vraiment le courant. D'abord du côté des lecteurs qui ont découvert les traductions des ”pionniers”, mais également des auteurs qui s'y sont essayé et s'y complaisent encore, mettant tout leur talent et leur humour au service et au profit de la plus ”british” des époques… L'occasion pour d'autres enfin de ”franciser” la vapeur victorienne ! Un tour d'horizon de la production française s'imposait donc, car on ne peut plus parler, désormais, du courant steampunk sans jeter un coup d'œil à ce qui se fait dans l'hexagone…

Si le steampunk sert de prétexte aux élucubrations des auteurs se replongeant dans un siècle aussi riche en inventions, en progrès techniques – et en personnages hauts en couleurs, qu'ils soient réels, imaginaires ou encore auréolés d'une part de légende –, alors ils ont bien saisi le principe du courant et jouent particulièrement bien le jeu ! Pour certains, il paraissait évident de prolonger le rêve des précurseurs en situant leur intrigue dans un décor similaire quoique totalement imprévu… Ainsi, le Londres du XIXe siècle subit-il encore les remodelages de leur imagination.

C'est le cas dans Viktoria 91 de Pierre Pevel qui, comme son titre l'indique, se déroule sous le règne de Victoria, en 1891. Dans le Londres ”ambiance futuriste” qu'il a imaginé, les bobbies ont beau être androïdes, les fiacres tirés par des chevaux mécaniques, cela n'empêche pas Scotland Yard de sécher sur une série de meurtres commis dans le misérable quartier de Whitechapel. Evidemment, tout autant que Sherlock Holmes – qui apportera son grain de sel à cette histoire –, le personnage de Jack l'Eventreur fait office de figure emblématique pour nombre de récits ”steampunk”.

Un autre exemple évident vient appuyer cette allégation, il s'agit de L'Instinct de l'Equarrisseur, Vie & Mort de Sherlock Holmes de Thomas Day. Un roman renversant où l'on découvre la face cachée du célèbre détective dans un univers parallèle, un ”Londen” si proche et pourtant si différent du Londres où évolue son ”créateur”, sir Arthur Conan Doyle, comme un reflet inexact. Mais, Sherlock Holmes existe bel et bien dans cette autre réalité – toute la magie du steampunk – ainsi que le professeur John H. Watson et leur ennemi de toujours, l'infâme James Pretorius Moriarty ! J'aurais aimé disposer de plus d'espace pour vous raconter leurs aventures; la poursuite de Jack l'Eventreur, la recherche de l'arche interstellaire des Worsh, l'intervention d'Oscar Wilde, leur rencontre avec le baroudeur Jack London ou encore la découverte du plus grand secret de tous les temps, ce fameux Instinct de l'Equarrisseur ou ”le chemin de sang versé et de chairs injuriées qui menaient à l'immortalité”… Et enfin, le dernier duel Moriarty-Holmes qui ne pourra être qu'un affrontement à mort !

Tout comme Doyle, d'autres auteurs renommés sont souvent à l'honneur et reçoivent, à l'occasion, des rôles d'importance dans les aventures incroyables qui se déroulent. On peut citer, parmi eux, Oscar Wilde bien sûr, mais aussi H.G. Wells, Bram Stoker, Mary Shelley, Robert-Louis Stevenson, et j'en passe. Ce dernier intervient d'ailleurs, de manière plus marquée, dans Les grandes profondeurs de René Réouven, rappelant, si besoin en était, l'écriture de ce roman-phare – bien qu'édulcoré sous les instances de sa femme – Le cas étrange du Docteur Jekyll et de Monsieur Hyde, un texte aux antipodes de son Ile au trésor… Mais le roman de Réouven est, avant tout, une histoire de science, d'une terrible découverte… faite par sir William Crookes himself ! Une passionnante étude de phénomènes ectoplasmiques conduisant – tout naturellement – le savant à la recherche obsessionnelle de la matérialisation des émanations éthérées. Tout un programme ! Mais est-il seulement possible ”que la seule puissance de l'esprit réussisse à susciter la matière ?” N'aurait-il pas plutôt recréé la boîte de Pandore et libéré ce monstre de Jack l'Eventreur qui fait trembler Londres, à cause de la rémanence des obsessions refoulées des sujets qu'il a soumis à sa machine ? Reste cette subsistante lueur verte, vestige de toutes ces expériences dont il cherche aujourd'hui à effacer la trace…

Encore une fois, les scientifiques vont avoir la part belle, et Crookes est loin d'être le seul à récolter les lauriers… On recense aussi, parmi les plus cités, Nikola Tesla, Albert Einstein, Marie Sklodowska – devenue Curie par la suite –, sir Joseph John Thomson, Thomas Edison, etc.

Mais, Londres n'était pas la seule ville existante et fourmillante du XIXe siècle. Comment passer à côté de la capitale française ? Paris, 1889, l'Exposition Universelle battant son plein et la Tour Eiffel tendant fièrement sa flèche vers le ciel, au beau milieu du Champ-de-Mars, dans un subtil équilibre entre Art et Progrès… C'est dans ce tableau – idyllique ? – que se déroule l'action de Confession intimes d'un automate mangeur d'opium, sous-titré Steampunk, la magie des temps modernes de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit (à qui l'on doit également Bohème, en 2 volumes: Les Rives d'Antipolie et Revolutsya, dont l'action se passe à l'Est, entre Prague et Moscou). Impossible d'ignorer ce roman ”steampunk”; jetez un coup d'œil à la couverture ! Ils ont, quant à eux, créé un Paris parallèle qui doit son essor à la magie d'une substance, aussi utile que dangereuse, l'Ether. Un meurtre qui paraît ”suspect” à la meilleure amie de la victime, un automate doué d'intelligence mais dont le cerveau a été ”emprunté” a un opiomane… et le ton est donné, en même temps que l'on découvre, assez vite, qu'Ether et opium ne font pas bon ménage. Est-ce cette incompatibilité qui nous laisse à penser qu'à l'instar du modus operandi d'un psychopathe, un meurtre en amène un autre ? Mais quelle sera la prochaine cible ? Un panneau d'affichage annonce partout dans la ville : ”A l'occasion des soirées inaugurales de l'Exposition Universelle 1889, la Ville de Paris accueillera en ses murs sa Majesté la reine Victoria d'Angleterre, le dimanche 26 mai…” Le même Fabrice Colin conçoit, dans Arcadia (tome 1: Vestiges d'Arcadia et tome 2: La musique du sommeil), un Londres victorien, féerique, magique et défendu par le peintre Rossetti et les chevaliers arthuriens...

Johan Heliot, de son côté, revendique une forme particulière de ”troc”, avec La Lune seule le sait… La reine Victoria remplacée par l'empereur Louis Napoléon – dit ”Le Petit” –, Conan Doyle par ce vieux capitaine à la barbe blanche – digne représentant de Nemo – qui, pour atteindre la Lune, n'aura nullement besoin d'être expulsé d'un canon géant… Vous aurez reconnu les allusions à Jules Verne. Héros, malgré lui, de cette histoire, le célèbre auteur, sous sa couverture de journaliste, sera investi d'une mission de la plus haute importance sur le satellite de la Terre : observer et prendre contact avec les Ishkiss – ces extraterrestres évanescents –, fomenter la rébellion des bagnards d'un Pénitenciaire digne de l'Enfer de Dante et aider ainsi la cause des Révolutionnaires et autres Communards, prisonniers du joug d'un empereur tyrannique et mégalo, aux ambitions de conquêtes spatiales. Ce sera la Nuit Sanglante, la Grande Evasion ou la mort d'un idéal et de tout espoir d'association en bonne intelligence avec les entités Ishkiss… La Lune seule le sait a depuis été suivie par La Lune n'est pas pour nous, qui se déroule cinquante ans après l'épisode précédent et met en scène, dans le rôle de l'oppresseur, un certain Hitler ! Et dans Pandemonium, qui se déroule toujours à Paris, Johan Heliot nous propose une rencontre inédite avec le célèbre Vidocq.

Enfin, l'un des premiers romanciers français à nous avoir emmenés sur les routes d'un genre nouveau a très probablement créé un chef-d'oeuvre du genre. Avec son Equilibre des Paradoxes, Michel Pagel nous catapulte en Bretagne, au début du XXe siècle, dans un manoir qui servira de point de chute aux "déracinés" du temps, d'étranges personnages qui n'appartiennent ni à ce temps ni à ce lieu. Alors que les protagonistes tentent de retrouver leurs univers parallèles respectifs, l'Histoire les ratrappe et leurs doubles se dévoilent. En intervenant, c'est tout un équilibre qui risque d'être rompu... A moins que la solution ne se trouve justement dans un autre paradoxe !

Vous l'aurez compris, des personnages que l'on souhaiterait ardemment rencontrer, des mondes basés sur ceux que l'Histoire nous dépeint, mais dérivant allègrement vers l'Inconnu, des Cités Interdites (L'Instinct de l'Equarrisseur), Métropolis (Confessions d'un automate mangeur d'opium) et autres Newden (A vos souhaits!, Fabrice Colin), sans compter les mondes virtuels… Des créatures extraterrestres, la Science et les machines – à rouages et à vapeur ou à voyager dans le temps – nous permettant toute hypothèse (Worsh, Ishkiss, etc.), voire des créatures tout droit sorties de la mythologie (faunes, centaures, etc.) ou de la plus pure tradition de la fantasy (dragons, elfes, nains, fées, fleurs chantantes, forêts hantées, etc.), Fabrice Colin et David Calvo, entre autres, arrivant toujours à nous faire partager leurs délires les plus exotiques, même ceux inspirés de Lewis Carroll (Delius, une chanson d'été ou encore La nuit des labyrinthes, David Calvo)… Le steampunk est tout cela et gageons qu'il nous fera encore rêver longtemps !

A signaler, ci-contre, l'excellente anthologie française dédiée au steampunk. Dans Futurs Antérieurs, Daniel Riche rassemble non seulement des textes aux accents steampunk des meilleurs auteurs d'Imaginaire SF français mais présente également de nombreuses pistes afin de mieux aborder le genre et d'en comprendre les objectifs.
Pour vous donner un avant-goût, vous retrouverez, au sommaire, des textes de:
Daniel Walther, Roland C. Wagner, Christian Vilà, Francis Valéry, René Réouven, Daniel Prasson, Michel Pagel, Jean-Marc Ligny, Laurent Genefort, Jean-Claude Dunyach, Sylvie Denis, Michel Demuth, Gilles Dumay, David Calvo, Fabrice Le Minier...

Source : http://www.lefantastique.net/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ceci-est-une-url.blogspot.fr/
Sid Dis
-= Admin =-
avatar

Masculin Messages : 893
Date d'inscription : 15/07/2009
Age : 30

-= Profil à vapeur =-
*: Traducteur/redacteur steamblog

MessageSujet: Re: Le Steampunk dans la littérature.   Jeu 16 Juil - 2:38

Voyage au coeur de l'année 1855 parallèle


Nous sommes à Londres, en 1855, les hommes portent favoris et canotiers, les femmes corsets et crinolines, dans les journaux on parle de Byron comme Premier ministre de la reine Victoria, et dans les rues se mêlent vendeurs à la criée, colporteurs, fiacres et… vapomobiles ! Bienvenue en uchronie, dans un passé qui n’a jamais été vraiment présent, spéculation rétrospective imaginée par ”les hommes du futur” où seuls quelques paramètres essentiels ont été changés pour créer une réalité parallèle.

En parfaite uchronie steampunk, La machine à différences de Bruce Sterling et William Gibson revient sur le passé en en changeant un paramètre essentiel : dans les années 1840, au lieu de se disperser et de dilapider les fonds qui lui avaient été alloués pour ses recherches (ce qui s’est passé en réalité), lord Charles Babbage a réussi la mise au point de sa machine à différences -une machine programmable utilisant la technique des cartes perforées mise au point par le Français Jacquard au début du siècle sur des métiers à tisser. En découlent d’innombrables applications, l’émergence d’une révolution de l’intelligence qui se mêle à la révolution industrielle du charbon, du gaz et de la vapeur, et au final un monde nouveau où les machines sont partout, à la fois futuristes et surannées.
Entreprenons donc un petit voyage dans le monde des possibles et suivons le journaliste Oliphant dans cette année 1855 parallèle pour un petit panorama des meilleures inventions de ce roman, à bien des points de vue l’une des uchronies les plus détaillées et solides qui soient.

Conséquence directe de l’invention de la machine à différences de Babbage, dans notre royaume fictionnel l’ordinateur existe déjà, mais il fonctionne à l’aide de bielles et de cartes mécanographiques. Il règle d’ores et déjà toute la vie des pays ”développés” tandis qu’une multitude de machines à roues dentées, bielles et leviers, contrôlent l'information. Chaque individu possède ainsi une carte de citoyen avec un numéro unique et pour tout savoir de lui, il suffit de le faire passer dans une ”machine du gouvernement” où sont enregistrées toutes les informations, même les plus confidentielles, à son sujet. Big Brother n’est déjà plus très loin ! De même, chaque individu disposant d’un compte en banque possède également un numéro personnel de crédit national pour régler ses achats les plus divers, des vêtements aux droits d’entrée des clubs en passant par les paris aux courses de vapomobiles. Il suffit de reporter ce numéro sur une ”machine à crédit de comptoir” (”Zip !Clic ! une traction sur le levier au manche d’ébène” et voilà !), et un reçu s’imprime au moyen de la mécanographie. On utilise même des machines comptables pour faire des inventaires.
Dans ce monde devenu une véritable technostructure dépendante de machines en tous genres, les principaux enjeux sont par conséquent le contrôle de l’information et de l’avancée technologique. D’où de multiples complots et intrigues visant à mettre en échec les ordinateurs gouvernementaux comme l’ordinateur central de la France appelé ”le Grand Napoléon”, où a été implanté un virus informatique contenu dans des cartes perforées de cellulose camphrée.

La technologie des machines, réglée par une nouvelle science appelée ”la machinique”, envahit également presque tous les domaines de la vie. En matière de loisirs, on dispose du ”kinotrope”, ancêtre de notre cinéma, qui fonctionne avec des cartes, produit une lumière oxhydrique, et projette des images qui s’enchaînent selon des algorithmes, qui peut servir par ailleurs pour illustrer les conférences ou afficher les cotations aux courses. Et si l’on préfére la musique, il y a toujours le ”Panmélodium”, sorte de pianola à vapeur très en vogue dans la bourgeoisie. La bourgeoisie, qui d’ailleurs, est la première à s’amuser des créations de la machinique, comme l’automate en bois sculpté et peint, dont chaque cheveu a été implanté sur la tête, à la main, dont les mécanismes de facture japonaise sont constitués de crins de cheval tressés et de ressorts en fanons de baleine, et qui peut suppléer les êtres humains dans certaines taches de la vie quotidienne (servir le thé, par exemple).

En cette année 1855 parallèle, l’autre grand territoire conquis et modelé par la machinique est celui des communications, qui s’opèrent désormais à l’aide de nouveaux engins : l’ancêtre de l’interphone nommé ”tube acoustique” avec opercule de cuivre doublé de caoutchouc que l’on encastre dans le mur ; les pneumatiques, petits cylindres en gutta-percha noirs propulsés par air comprimé à travers des tuyaux, qui existèrent réellement et furent largement utilisés dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle ; les télégraphes récepteurs Colt & Maxwell (qui fonctionnent au moyen d’une aiguille qui oscille sur des lettres disposées sur un alphabet concentrique que quelque pièce au sein du socle en marbre imprime dans le papier) auxquels sont parfois adjoints des émetteurs à ressort et des perforateurs de chiffrage.

Voisin du domaine des communications, celui des transports est lui aussi bouleversé : Le mode de transport le plus en vogue est la Vapomobile, véhicule propulsé grâce à la vapeur (qui a d’ailleurs été réellement inventé au dix-neuvième siècle, l’année même où Daimler et Benz produisirent leur première automobile, mais dont le concept à vite été abandonné au profit du moteur à explosion).
Sans cela, on peut toujours emprunter le ”sous-terrestre” où circulent des engins à vapeur, et dans lequel ont dû être installés des ventilateurs-extracteurs tellement l’air y est pollué. De manière plus anecdotique, on peut également se déplacer sur des ”bottes à roulettes”, solides chaussures haut lacées munies d’axes miniatures et de rondelles de caoutchouc pleines.

En dehors de ces grands domaines, les machines servent à peu près à tout : imprimer, avec la machine dactylographique Colt & Maxwell, sorte de traitement de texte qui fonctionne au moyen d’une pédale pour l’énergie, et de manivelles qui font osciller des aiguilles qui s’alignent sur les lettres désirées qu’une roue et un ruban perforé impriment sur du papier accordéon ; tisser des gilets à motif crée en programmant un ”métier jacquart à tisser de l’algèbre pur”; coller des affiches sous les ponts, pour les bateliers, avec le ”tamponneur articulé extensible”. La médecine elle-même bénéficie de la machinique : pour soigner la maladie qui fait des ravages à l’époque, ”l’inversion de la polarité des vertèbres”, on allonge le patient sur une ”table de manipulation” segmentée avec des roues en cuivre à l’aide de laquelle on ”inverse la polarité” au moyen de câbles en cuivre connectés à une cellule voltaïque. Même la restauration de notre année 1855 parallèle commence à être envahie par les machines : on peut déjeuner à l’autocafé, ancêtre du self-service, où on prend un plateau rectangulaire en gutta-percha que l’on fait avancer sur un rebord de zinc poli au-dessus duquel s’étalent plusieurs douzaines de fenêtres miniatures encadrées de cuivre, derrière chacune desquelles est disposé un plat différent, on glisse une pièce dans la fente et on choisit. A noter, d’ailleurs, que les meilleures boissons sont ”faites machine” !

Voilà pour les incontournables de cette réalité parallèle. Le voyage touche donc à sa fin. Mais avant de revenir dans notre présent, jetons un dernier coup d’œil au présent parallèle au nôtre qui suit le passé parallèle imaginé par Sterling et Gibson : ”deux milles tours dressées, le vrombissement de cyclone d’un trillion de rouages tourbillonnants, l’air d’une obscurité sismique étouffant dans une brume d’huile, dans la chaleur de friction émise par les roues engrenées…”. Ce qui a disparu, ce ne sont pas les machines mais les humains. Et si ce présent parallèle rejoignait notre futur ?

Source : http://www.lefantastique.net/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ceci-est-une-url.blogspot.fr/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Le Steampunk dans la littérature.   

Revenir en haut Aller en bas
 
Le Steampunk dans la littérature.
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Les elfes dans la littérature moderne
» Noël dans la littérature
» Les énigmes dans la littérature
» Les fratries dans la littérature
» La peur dans la Littérature

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Steamforum :: Univers Steampunk. :: Littérature-
Sauter vers: